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Le Grand Ouest français (Bretagne, Poitou-Charente, Aquitaine, Pays de la Loire et midi-Pyrénées)

Publié le jeudi 17 janvier 2008


 

II / POITOU-CHARENTES (RÉGION)

Région de seuil entre les parlers d’oil et la langue d’oc, traversée par la limite des toits d’ardoises et des tuiles romanes, la région Poitou-Charentes présente la double particularité d’être la moins urbanisée de France et l’une de celles où la périurbanisation est la plus importante. Composée de quatre départements (Charente, Charente-Maritime, Deux-Sèvres et Vienne) elle est peu peuplée, avec 1 640 000 habitants au recensement de 1999, soit 3% de la population française. Son organisation spatiale est ancienne : de l’Antiquité au début du XIXe siècle, quatre provinces la composent : le Poitou, l’Angoumois, la Saintonge et l’Aunis. Après la domination médiévale de Poitiers, le changement le plus important est l’émergence et le développement de La Rochelle dont l’activité économique va être renforcée par des fonctions administratives qui concernent la Saintonge et le Cognaçais. La pérennité des pays depuis des siècles et l’absence de polarisation économique forte marquent toujours l’organisation de l’espace régional au début du XXIe siècle, favorisant la coopération et les réseaux entre les chefs-lieux de départements.

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Diversité des sols et des paysages Terre de transition, le Poitou-Charentes couvre un espace naturellement très diversifié, constitué à la fois des plateaux du Limousin à l’est et du massif vendéen au nord-ouest, du Bassin parisien au nord et de l’Aquitaine au sud. L’ouverture sur l’Atlantique par la zone littorale laisse largement pénétrer les influences océaniques. La carte des types de sols reflète cette diversité avec des terres provenant des roches calcaires (terres de Groie, de Champagne et d’Aubues), des dépôts de couverture sur les plateaux (terres Rouges, Bornais et terres de Brandes) ou encore des massifs anciens ou de sables dunaires. Cette répartition des sols influence fortement les potentialités agronomiques des régions naturelles, même si les contraintes liées au sol ont été partiellement réduites par le drainage et l’irrigation. Baignée par l’Atlantique et effleurée par les socles cristallins du Limousin et de l’Armorique, la région présente une étonnante palette de paysages. Les forêts de la presqu’île d’Arvert, de l’île d’Oléron, de l’île de Ré, celles autour d’Angoulême, de Poitiers, de Châtellerault contribuent à la biodiversité. Ces forêts, pour la plupart domaniales, accueillent de nombreux visiteurs pour des activités de loisirs. Elles jouent également un rôle important dans la protection des ressources (écran vert, espace non urbanisé, qualité des eaux).

Les milieux humides sont parmi les plus riches qui soient : ils regorgent d’espèces animales et végétales remarquables. Espaces essentiels pour Poitou-Charentes, le Marais poitevin (dont la plus grande partie se trouve en Pays de la Loire) et les marais charentais, de Rochefort, de Brouage, de la Seudre et de l’Estuaire contribuent à la préservation de la biodiversité biologique. Le littoral, de la baie de l’Aiguillon aux coteaux de Gironde ainsi que les îles de Ré et d’Oléron (mais également l’île d’Aix et l’île Madame) sont des espaces écologiquement riches, sous pression touristique et urbanistique ; ils accueillent l’activité conchylicole avec le bassin de Marennes. Le riche patrimoine, de l’architecture romane aux forteresses héritées du XVIIe siècle (Brouage, Saint-Martin-de-Ré, Fouras, Château-d’Oléron), se trouve valorisé en tant qu’atout touristique, aux côtés du Marais poitevin, de l’aquarium de La Rochelle, du zoo de La Palmyre et du Futuroscope de Poitiers. La fréquentation touristique, tant sur le littoral qu’à l’intérieur des terres induit, en pleine saison, près de trente mille emplois salariés et deux mille emplois non salariés. Le climat à fort ensoleillement et d’une réelle douceur attire une importante clientèle britannique.

Richesse agricole La diversité des systèmes agraires en Poitou-Charentes confirme la notion de région de contact entre les grands ensembles naturels aux caractéristiques contrastées : les grandes plaines céréalières du Bassin parisien se prolongent sur les étendues calcaires du Poitou, jusque dans le nord des Charentes, les régions bocagères d’élevage du Maine et de l’Anjou couvrent les collines granitiques du nord des Deux-Sèvres, les terres froides du Limousin débordent sur les franges orientales de la Vienne et de la Charente et les vignobles du Cognaçais regardent, par-delà la Gironde, ceux du Bordelais. Les sols agricoles couvrent près de 70% de l’espace, contre 55% en France ; le taux de boisement est faible. Selon le recensement de 1999, l’agriculture emploie près de 8% de la population active régionale, ce qui classe Poitou-Charentes en deuxième position pour la contribution de l’agriculture à l’emploi, derrière la Bretagne ; en 2002, la branche agriculture fournit 5,6% du P.I.B de la région, contre 2,8% en moyenne nationale. L’agroalimentaire mobilise 17% des salariés de l’industrie.

Première de France pour la production de fromage de chèvre, la région est deuxième pour les oléagineux et les ovins, quatrième pour les céréales et la viticulture. La réforme de la P.A.C. de 1992 a favorisé le développement des grandes cultures. Certains agriculteurs ont décidé d’introduire des cultures à forte valeur ajoutée comme le melon, dont Poitou-Charentes est devenue la première région productrice. La viticulture charentaise, avec son produit phare, le cognac, concerne 5 600 exploitations, soit 15,8 p.100 du total régional ; une crise structurelle marque ce secteur, qui essaie de diversifier la production, avec la reconversion d’une partie du vignoble de Cognac en vins de pays. Les productions animales (viande bovine et élevages laitiers principalement) ont connu une forte restructuration depuis les quotas laitiers de 1984. Le cheptel ovin se répartit entre le bassin est, avec des élevages spécialisés dans les confins granitiques de la Vienne et le Confolentais, et le bassin ouest, avec une concentration d’élevages à effectifs élevés en Gâtine et dans le sud du Bocage, dans le département des Deux-Sèvres. L’agriculture et l’agroalimentaire représentent 50% des exportations de Poitou-Charentes, dont 75% de boissons et alcools.

Région rurale : littoralisation et polarisation récente

Située dans le Grand Ouest français, la région se caractérise par l’absence de concentration urbaine : aucune ville ne dépasse 120 000 habitants, ce qui place la première d’entre elles, Poitiers, au 50e rang des agglomérations françaises (sans compter Paris). Le peuplement régional est faible : 11e région française par la superficie (25 809 km2), Poitou-Charentes est au 15e rang pour la population, avec une densité moyenne de 62 habitants au km2 contre 104 en France ; près de la moitié du territoire régional enregistre des densités inférieures à 26 habitants au km2. L’absence d’une véritable métropole régionale et la faiblesse du taux de population vivant dans des communes urbaines constituent une particularité picto-charentaise, permettant un maillage relativement équilibré de « l’armature » urbaine. Depuis les années 1960, l’expansion démographique se réalise de façon différenciée selon les départements : la Charente se singularise par une faible progression autour d’Angoulême ; la Charente-Maritime connaît quatre pôles de croissance : Surgères-La Rochelle, les petits centres le long du fleuve Charente, la façade littorale et le secteur de Jonzac ; les Deux-Sèvres présentent deux axes de croissance, l’un dans le prolongement du Choletais avec Bressuire, Parthenay, Les Aubiers, Mauléon et l’autre autour de Niort. La Vienne est le département le plus dynamique avec l’axe Poitiers-Futuroscope-Châtellerault auquel il faut ajouter Chauvigny et Lussac-les-Châteaux.

Depuis 1990, la croissance démographique reflète la poursuite de la polarisation et de la littoralisation : les agglomérations de Poitiers et de La Rochelle ont particulièrement progressé. La Charente-Maritime confirme son pouvoir d’attraction et enregistre un solde migratoire nettement positif, de près de 30 000 habitants entre les recensements de 1990 et de 1999. La Vienne gagne 19 000 habitants sur la même décennie avec des soldes naturel et migratoire positifs, notamment l’agglomération de Poitiers, en raison de son statut de capitale régionale. Les Deux-Sèvres perdent 1 600 habitants : malgré le dynamisme des mutuelles, la population de Niort n’est même pas stable (- 0,6%). La seule zone qui enregistre une progression est celle de Niort - Saint-Maixent-l’École, confirmant l’importance de la périurbanisation dans l’ensemble de la région. Le déclin démographique est particulièrement marqué dans les zones rurales de la Gâtine et du Bocage. La Charente enregistre, depuis 1992, des soldes naturel et migratoire négatifs.

La région se classe au 5e rang en France, en termes d’attractivité, juste devant la Bretagne, les Pays de la Loire et derrière l’Aquitaine, autres régions atlantiques.

Concentration des activités

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Près de 70% des salariés sont employés dans le secteur tertiaire (68% en moyenne nationale), avec une légère surreprésentation des services publics par rapport à la moyenne nationale, les administrations, la santé et l’éducation restant les principaux employeurs. Dans le tertiaire marchand, les services personnels et domestiques sont surtout présents en Charente-Maritime, département d’accueil de nombreux retraités aisés. En revanche, Poitou-Charentes n’est pas bien pourvue en services aux entreprises (faiblesse du conseil-assistance et de la recherche-développement). Les activités financières structurent le pôle des assurances à Niort-Chauray. Avec plus de 5% des emplois, le commerce de détail et la construction jouent également un rôle significatif dans les évolutions territoriales. L’industrie emploie un salarié sur cinq. Le tissu industriel est marqué soit par des implantations anciennes d’industries de transformation de base (industries agricoles et alimentaires, bois, cuir), de biens d’équipement (moteurs électriques Leroy-Somer) ou d’industries automobile (Heuliez), soit par des implantations dues à des délocalisations dans les années 1960-1970 (Valeo, AEF, Schlumberger, Télémécanique, Alcatel, SAT, Michelin), grands établissements dont le centre de décision est extérieur à la région.

Les secteurs traditionnels caractérisant la région sont les industries du bois, disséminées sur le territoire régional, celles du papier, localisées surtout en Charente et les industries agricoles et alimentaires très présentes en Deux-Sèvres et dans le Cognaçais. Le secteur de l’habillement, l’industrie des composants électriques et électroniques, et celle des produits minéraux connaissent des restructurations qui affectent le nombre de salariés.

Le taux d’encadrement classe Poitou-Charentes au 18e rang des régions françaises. Ce faible taux s’explique par la présence d’industries de main-d’œuvre et par l’importance de services nécessitant une population peu qualifiée.

Depuis 1980, les dynamiques économiques infra-régionales font apparaître des évolutions contrastées avec, d’une part, les espaces en croissance qui recouvrent surtout deux zones d’emploi, structurées par La Rochelle et Poitiers, mais également quelques petites zones d’emploi dans la mouvance ou à proximité de grandes agglomérations comme le Sud Deux-Sèvres et de petites zones comme la Saintonge et, d’autre part, les espaces fragiles et en déclin, composés essentiellement de petites zones d’urbanisation limitée, plutôt intérieures, avec Cognac, Angoulême, Nord - Deux-Sèvres, Châtellerault, Nord-Poitou, Sud-Charentes, Montmorillon, Haute-Charente.

Intercommunalité et réseaux de villes

Dès 1972, Poitou-Charentes disposait d’une proposition de schéma spatial qui anticipait les évolutions institutionnelles et affirmait implicitement deux principes fondamentaux : la couverture complète de l’espace rural avec un maillage suffisamment ample pour que chaque unité ait un poids démographique et économique significatif ; une organisation s’appuyant sur un réseau de « pôles d’activité », exprimant la nécessaire solidarité entre les villes et l’espace rural.

La quasi-totalité de l’espace picto-charentais connaît des structures intercommunales : 97% de la population appartiennent soit à une communauté de communes, soit à une communauté d’agglomération. La région est à l’avant-garde de l’intercommunalité puisqu’une première vague de « pays » a été créée entre 1975 et 1980. Si les premiers pays étaient vastes (50 à 100 communes) et très ruraux, la seconde vague, issue de la loi de 1995, a donné naissance à des pays localisés dans des espaces à dominante littorale ou périurbaine, moins étendus, mais plus denses (île de Ré, vallée du Clain, Entre Touvre et Charente...).

Au cours des années 1990, la Région a construit une politique contractuelle d’appui aux projets de développement local, confortant les pays dans leur rôle d’interlocuteur privilégié. Dès 1992, les villes de Cognac, Saintes et Rochefort ont uni leurs efforts au sein du Réseau Charente Océan pour favoriser leur développement, dans un souci de cohérence. Leur taille démographique comparable et la proximité géographique entre ces villes reliées par le fleuve Charente ont été des éléments décisifs. La confrontation à des problèmes similaires tels que la dévitalisation des centres urbains et la nécessité d’atteindre un poids suffisant dans certains domaines (par exemple, le tourisme ou le développement socio-économique) ont conforté ce mouvement. Les objectifs du réseau étaient de créer une dynamique de coopération pour renforcer l’offre et l’attrait des trois villes. Malgré le départ de Rochefort en 2002, ce réseau de villes favorise des synergies intéressantes.

Le réseau urbain est structuré autour de quatre villes moyennes, les chefs-lieux de département, distantes de 70 à 140 kilomètres les unes des autres ; elles représentent 40% du poids économique et démographique de la région et elles ont un profil comparable : quatre agglomérations de taille semblable, trois villes de tertiaire administratif et marchand, une plus industrielle (Angoulême). Loin d’être une contrainte, l’absence de métropole a été transformée en atout par les maires, qui ont créé dès 1989 un réseau de villes, AIRE 198 (somme des numéros des quatre départements). La finalité est de favoriser l’intégration des villes de la façade atlantique de l’Europe pour améliorer leur position face à la concurrence internationale et de créer entre elles des liens plus étroits, par le renforcement des pôles d’excellence de chaque site urbain.

Poitou-Charentes est très souvent présentée comme une région moyenne, approche qui masque ses particularités et ses atouts. Cette région associe, de façon très originale en France, la ruralité et l’urbanité, la diversité des terroirs et la richesse des paysages, les activités économiques et la qualité du patrimoine bâti et naturel, le temps long des territoires et la modernité des réseaux.

Yves JEAN

Bibliographie indicative : G. BERNARD, J.-F. BUISSON &, J. COMBES dir., Histoire du Poitou et des pays charentais, De Borée, Clermont-Ferrand, 2001 B. GUESNIER, C. LEMAIGNAN & C. MOINEAU, Radioscopie pour un diagnostic socio-économique de la dynamique de la région Poitou-Charentes, Institut atlantique d’aménagement des territoires, Poitiers, 2003 Y. JEAN dir., Les Nouveaux Territoires de Poitou-Charentes. Agglomérations, pays, intercommunalités, Institut atlantique d’aménagement des territoires, 1999.




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