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Le Grand Ouest français (Bretagne, Poitou-Charente, Aquitaine, Pays de la Loire et midi-Pyrénées)

Publié le jeudi 17 janvier 2008

III / AQUITAINE

L’Aquitaine est constituée de cinq départements, Dordogne, Gironde, Landes, Lot-et-Garonne et Pyrénées-Atlantiques. Située au sud-ouest de la France, elle allie le renom vinicole de sa capitale, Bordeaux, au charme d’une grande diversité due à une position méridionale.

Sur 41 308 kilomètres carrés - 7,6% du territoire métropolitain -, elle reprend le nom de la vaste province impériale du sud-ouest de la Gaule romaine. Au Moyen Âge, elle devient Guyenne (contraction déformée d’Aquitaine) mais aussi Béarn dans sa partie sud. Le toponyme « Aquitaine » est à nouveau utilisé au XIXe siècle, par les géologues puis les géographes pour désigner l’ensemble du vaste bassin sédimentaire adossé au Massif central et aux Pyrénées et largement ouvert sur l’Atlantique . À partir de 1964, les réformes administratives limitent l’Aquitaine à la partie occidentale de ce domaine, la partie orientale devenant la région Midi-Pyrénées. Mitoyenne de l’Espagne, largement ouverte sur l’océan, l’Aquitaine enregistre les vicissitudes de la construction européenne : d’abord en position périphérique puis, mieux intégrée avec l’arrivée de l’Espagne et du Portugal, elle figure aujourd’hui au sein de cette grande façade atlantique d’une Europe qui se dilate vers l’est.

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Avec une population de 2 908 000 personnes au recensement de 1999, l’Aquitaine a une densité de 70,4 habitants au kilomètre carré ; elle fait partie des espaces peu peuplés de l’Europe communautaire et, surtout, fort inégalement occupés. Son poids humain dans l’ensemble français n’est que de 4,83% : après une lente diminution depuis la fin du XIXe siècle, il tend à s’accroître depuis les années 1980 grâce à des soldes migratoires supérieurs à l’ensemble national. La région apparaît comme une aire de forts contrastes socio-économiques : au milieu d’héritages contraignants, elle offre des aspects très marqués de modernisme économique et figure dans cette France du Sud qui accumule les formes les plus récentes de la croissance tertiaire du pays.

Le milieu : les nuances de la diversité locale

La région s’inscrit dans trois bassins hydrographiques tournés vers l’Atlantique. Au nord, celui de la Dordogne et de l’Isle conflue avec la Garonne qui constitue l’axe central, tandis que, au sud, l’Adour draine le versant pyrénéen et concentre ses torrents. À partir de là, trois ensembles physiques s’identifient avec force. Le cœur de la région, entre les fleuves, est occupé, pour plus d’un tiers de sa surface, par le plateau landais bordé par une côte rectiligne de 200 kilomètres ; son manteau sableux, souvent consolidé en grès, est imparfaitement drainé sauf sur les marges moins ingrates de la Chalosse et du Bazadais. Au nord s’étendent les plateaux à dominante calcaire du Périgord et de l’Agenais : la présence de placages de sables au nord et la domination d’une forte dissection vers la Garonne au sud constituent des nuances non négligeables pour la vie agricole. Au sud, enfin, s’étend l’avant-pays pyrénéen modelé en collines ; il précède le domaine montagnard lui-même, qui passe de la haute montagne à l’est (pic du Midi-d’Ossau, 2 885 m) aux croupes adoucies du Pays basque qui s’achèvent par la côte rocheuse au-delà de l’estuaire de l’Adour.

Dans le détail, ces pays fortement disséqués par un chevelu dense de vallons (Aquitaine, le « pays des eaux ») présentent une extrême diversité de sols aux possibilités, mais aussi aux contraintes, très variées allant des lourdes argiles des fonds aux chauds calcaires des plateaux, en passant par les boulbènes argilo-sableuses des pentes. Cette diversité fut source de complémentarité bénéfique pour la polyculture traditionnelle ; elle exige aujourd’hui des spécialisations, sources de variété mais aussi d’éclatement et de dispersion.

Les conditions climatiques accentuent encore la diversité. Le climat aquitain est doux, humide et ensoleillé (5 0C en moyenne en janvier, 20 0C en juillet, 800 mm de précipitations annuelles), mais il est marqué par une très grande instabilité : les gelées tardives de printemps ne sont pas rares, les étés peuvent être très secs ou au contraire trop humides, les violents épisodes orageux peuvent être dévastateurs. Sur ce fond, la continentalité et l’altitude apportent des nuances importantes. Lumineuse, la côte ne compte qu’une quinzaine de jours de gelées, son ensoleillement est particulièrement important entre le bassin d’Arcachon et le Pays basque. Vers l’intérieur, l’hiver est bien plus marqué, principalement dans le Périgord et dans les vallées pyrénéennes où la végétation s’étage suivant l’altitude jusqu’aux alpages. Partiellement abritée, la vallée de la Garonne offre les nuances progressives, allant de l’humidité bordelaise à la plus grande sécheresse agenaise qui annonce les pays toulousains.

Les hommes et l’espace : l’inégalité de l’occupation

L’Aquitaine est très inégalement peuplée. Ce trait majeur, régulièrement accentué depuis le XIXe siècle, pose désormais la question d’une continuité sociale et administrative de la région, plus encore que celle de la vie économique ; cependant, celle-ci est aussi obérée par la trop grande faiblesse de marchés inégalement répartis. Le poids de chaque département est bien différent, de même que sa densité. La Gironde, avec 44,2% de la population régionale et 129 habitants au kilomètre carré, est le pôle incontesté, mais décentré au regard de la distribution d’ensemble. Au sud, les Pyrénées-Atlantiques avec 20,6% de la population et 78 habitants au kilomètre carré, sont déjà très au-dessous de la moyenne nationale en matière de densité (108 hab./km2). Les trois départements, Dordogne, Landes et le Lot-et-Garonne, tiennent une place encore plus modeste - respectivement 13,3%, 11,3% et 10,4% -, tandis que leurs densités sont encore plus faibles, 57 habitants au kilomètre carré pour le Lot-et-Garonne, 43 pour la Dordogne et seulement 35 pour les Landes, ce qui confirme leur caractère de « creux central » de la région déjà souligné par les conditions naturelles.

Malgré un léger tassement, la période 1990-1999 confirme la région Aquitaine dans cette France méridionale aux taux de croissance de la population supérieurs à la moyenne nationale : 0,44% par an pour la région et 0,37 pour la France, ce qui la met au sixième rang national pour le développement de la population. Cela est d’autant plus notable que, à l’exception de la Gironde, tous les soldes naturels sont négatifs, ce qui illustre, de manière de plus en plus nette, un vieillissement marqué par la présence des retraités mais aussi le rôle tenu par la venue d’actifs déjà largement engagés dans leur carrière professionnelle (ce qui est le cas de la fonction publique, fortement représentée, et des grandes entreprises). La région attire donc, et sa population cesse de se restreindre dans la communauté nationale ; seul le département du Lot-et-Garonne ne s’inscrit pas dans une dynamique qui bénéficie aux départements les plus peuplés, Gironde et Pyrénées-Atlantiques, ainsi qu’à ceux qui disposent d’atouts touristiques marqués, la Dordogne et les Landes. Le taux d’urbanisation s’accroît régulièrement ; il atteint désormais 69,7%, ce qui le rapproche du taux général de la province (70,8%). Mais cela recouvre des différences notables entre les 77% de la Gironde et les 42% de la Dordogne : l’Aquitaine est une région d’écarts d’urbanisation importants et, cependant, elle est caractérisée depuis le XVIIIe siècle par l’importance locale des bourgades et des petites villes, qui jouent un rôle de relais entre les deux grandes aires d’urbanisation. Au nord-ouest, l’agglomération bordelaise domine très largement ; l’aire urbaine est forte de 734 000 habitants (657 000 pour les vingt-sept communes de la communauté urbaine) et, par coalescence, elle s’étire vers le nord jusqu’à Libourne et vers le sud jusqu’au bassin d’Arcachon ; c’est un ensemble de 900 000 habitants, soit 30% de la population aquitaine, qui vit quotidiennement au rythme d’intenses migrations pendulaires. Au sud, la vallée de l’Adour représente le deuxième ensemble articulé en ses deux extrémités par les agglomérations de Bayonne, 160 000 habitants (40 000 pour la ville seule) et de Pau, 150 000 habitants (78 000 pour la ville) ; l’entre-deux, mais il n’est que de 90 kilomètres, est rythmé par des centres secondaires aujourd’hui liés par une relation autoroutière active, Lacq-Mourenx, Orthez et Peyrehorade, ce qui présente la première configuration de vallée, la plus dense, mais qu’on retrouve plus à l’intérieur des terres avec l’axe garonnais et ses annexes, d’une part, celui de la Dordogne, de l’autre.

Le couloir de la Garonne, aux fortes densités rurales, est structuré depuis Bordeaux par Langon, La Réole, Marmande et, en liaison avec la région voisine, Agen (30 000 hab. et près de 70 000 pour l’agglomération) ; la vallée du Lot en constitue une annexe importante avec la deuxième ville du Lot-et-Garonne, Villeneuve-sur-Lot, tandis qu’au sud s’ouvrent les rivières de la Gascogne qui, avec Casteljaloux et Nérac, animent les bordures de la forêt landaise. Au cœur de celle-ci, de très petites unités, très isolées, telles Labouheyre et Morcenx ; seules, au sud du département des Landes et déjà attirées par le système Adour-gave de Pau, Dax et la préfecture Mont-de-Marsan constituent des entités plus importantes (37 000 hab. chacune). Le nord de la région est organisé sur le bassin hydrographique et historique de la Dordogne, avec Bergerac, unité urbaine de 33 500 habitants, et sur son affluent principal, l’Isle, où Périgueux avec ses 63 500 habitants (mais la ville n’en compte que 30 000) a un rôle d’organisation pour le département de la Dordogne, principalement dans sa partie septentrionale. On le soulignera donc, à l’exception de la Gironde dominée par une très forte métropolisation, les quatre autres départements de l’Aquitaine sont disputés par un couple de villes principales qui s’en partagent le territoire en s’assurant des liaisons de proximité avec les petits centres locaux.

Toujours au recensement de 1999, la population active de l’Aquitaine s’élevait à 1 292 000 personnes, soit 5% du total national. Partant de cette donnée de base, trois caractères permettent de situer la région au regard de l’organisation de la vie économique. Le taux d’activité est de 52,8%, contre 55,2% pour la France, ce qui reflète la structure démographique vieillie des cinq départements. Le taux de chômage, lui, évolue au rythme général des fluctuations nationales, mais avec une accentuation marquée pour la région, accentuation qui cependant tend à s’amenuiser et à le rapprocher des valeurs d’ensemble : supérieur de plus de deux points au taux national quand celui-ci dépassait 12% au milieu des années 1990, il n’est plus que de 9,2%, contre 8,8% en valeur nationale, en 2001. Cet effet de rapprochement de structure, incontestable, s’explique par la mutation des rapports entre emplois salariés et non salariés ; en 1975, avec plus d’un tiers de non-salariés, l’Aquitaine est une région encore mal dégagée d’une forte base d’activités indépendantes, qu’elles soient agricoles, commerciales ou artisanales ; en 1999, le taux des non-salariés n’est plus que de 18,8% et a rejoint les valeurs nationales. L’Aquitaine est banalisée dans l’économie française, le salariat y prédomine de manière écrasante, mais la structure de ses activités n’y perd toutefois pas toute originalité.

La diversité relative des activités

Comme dans toute la France, la répartition en grands secteurs a été marquée par une très forte tertiairisation des emplois, qui dépassent désormais 70% des actifs totaux. L’originalité aquitaine réside encore en une sur-représentation agricole, 8% des actifs contre 5% en valeur nationale et, corrélativement, une sous-industrialisation exprimée en emplois, 21% contre plus de 24%. L’Aquitaine, par ces derniers traits, appartient bien à l’ensemble européen des régions du sud de la façade atlantique toujours marquée par une nette présence agricole mais, par la forte présence tertiaire, elle est beaucoup plus proche des régions méditerranéennes : encore la position intermédiaire déjà évoquée.

La tradition agricole confirmée

Forte d’une position ancienne mais conservée, l’Aquitaine est la première région française par sa contribution à la valeur ajoutée agricole, dont elle assure près de 10%. Ce rang est confirmé, et expliqué, par la première place tenue également pour le nombre de productions agricoles labellisées, qui s’étendent aujourd’hui bien au-delà du traditionnel domaine du vin, initiateur dans les techniques d’organisation. La région, désormais largement dégagée de la polyculture ancienne, s’est servi de celle-ci pour organiser une diversification largement intégrée dans les marchés. La base productive, en continuelle contraction, est forte de 50 000 exploitations : leur nombre a été divisé par deux depuis les années 1970, témoignage d’une évolution structurelle majeure qui s’appuie, par ailleurs, sur un nombre croissant de salariés (38 000 en 2000), ce qui fait de l’Aquitaine la première région française pour l’emploi agricole. Cette contraction des exploitations est le fruit d’un mouvement qui, sans toucher aux grandes spécialisations spatiales, se marque par le renforcement d’unités de production toujours mieux adaptées à des débouchés organisés par les professions elles-mêmes (fruits, légumes, maïs) ou par le négoce (vin en large partie, produits de l’élevage). L’irrigation est devenue à la fois le symbole des investissements productifs et l’un des moyens de se dégager de trop sensibles aléas climatiques : sur 1 500 000 hectares de surface agricole, 300 000 sont irrigués, et l’on considère qu’une exploitation aquitaine sur trois est concernée à des titres variés, soit 80% de la production des fruits et légumes ou 50% du maïs. Les valeurs agricoles concernent, pour 73%, les productions végétales. Au premier rang de celles-ci le vin assure à lui seul 40% des ventes et assoit le renom de l’Aquitaine. Les surfaces utilisées pour la viticulture couvrent 150 000 hectares, dont 93% en appellation d’origine ; le vignoble s’étend dans le Bordelais, son site principal, s’étale largement entre Garonne et Dordogne jusqu’au Bergeracois, qui constitue la deuxième grande référence régionale ; on y trouve aussi des vignobles originaux au sud de la Garonne (Buzet, Madiran, Duras) et en Béarn (Irouléguy). Au total, la production dépasse 6,5 millions d’hectolitres, dont plus de 2 millions sont exportés dans le monde entier. Si l’Aquitaine est le principal producteur de vins d’appellation, le premier exportateur également, elle est aussi le premier producteur de maïs ; celui-ci occupe le quart de la surface agricole, omniprésent des plateaux périgourdins aux collines des pays de l’Adour où il est dominant ; les 3,3 millions de tonnes de maïs grain constituent un aliment essentiel de la filière viande pour tout le Sud-Ouest, mais aussi une matière première industrielle transformée dans le nord de la France. Présents dans les vallées et sur leurs bas versants, les fruits et légumes représentent la troisième des grandes spécificités régionales ; arboriculture et culture des légumes de plein champ s’organisent afin de faire face à la concurrence des pays méditerranéens : l’Aquitaine n’est plus une région de primeurs, mais elle est devenue productrice de qualités reconnues dans des filières bien établies (tomates, salades, fraises, kiwis...). L’élevage est loin d’être négligeable, principalement sur les bordures plus élevées de la région. Son assise est constituée par les bovins et, sur les confins pyrénéens, par les ovins. Mais les produits les plus remarquables, tant en Dordogne que dans les Landes, sont les palmipèdes gras (oies et canards), dont l’élevage (la moitié de la production nationale) a donné lieu au développement d’une filière associant marchés de proximité et organisation commerciale ; celle-ci conjugue conserverie et produits frais ou semi-frais, particulièrement pour la restauration. Associée sur les images touristiques à ces mêmes oies, il y a, enfin, la forêt, qui couvre 44% du territoire régional. Dans ses périphéries montagneuses ou accidentées, c’est, pour le quart de l’ensemble, une série de massifs morcelés aux essences diverses. La partie la plus productive est, bien sûr, constituée par le massif landais, dont on tire chaque année 9 millions de mètres cubes de bois pour la trituration (37%) et pour les grumes à scier (63%). Et, par ces transformations possibles, on envisage dans cette sylviculture soumise aux aléas spéculatifs les relations avec le développement industriel.

La modernisation industrielle

Un déplacement majeur, commun à l’ensemble du pays, caractérise l’amenuisement régulier de l’industrie et le gonflement diversifié du secteur tertiaire. En 2000, l’industrie employait 149 000 personnes dans 8 850 établissements ; après une régression de 16% depuis 1990 elle était marquée par une légère reprise à la fin de la décennie. Par leur extrême diffusion, ce sont les industries agroalimentaires (17% des entreprises, 14% des emplois) qui sont les plus présentes, liées aux spécialisations de l’agriculture et à la diversification des filières techniques (conserves, boissons, plats préparés...). De la même manière, mais plus concentrées, les industries du bois résultent, elles aussi, de la valorisation des ressources locales, produisant papiers et cartons d’une part (dans les Landes et en Dordogne), emballages, charpentes et meubles de l’autre, alors que les importations de bois étrangers ont considérablement diminué. Sur cette valorisation du milieu se greffent des activités plus spécifiques, comme les activités mécaniques et dérivées. La construction aéronautique emploie directement 12 000 personnes, mais anime les bassins de sous-traitance de Bordeaux, Pau et Bayonne avec un total de 8 000 emplois en de multiples ateliers et entreprises moyennes, alors que la construction automobile, isolée certes, est bien représentée dans l’agglomération bordelaise (4 000 salariés). Avec 39% des emplois, la Gironde est le premier site industriel régional, au sein duquel le centre bordelais s’individualise par la forte présence du complexe aérospatial, des industries électroniques et, malgré leur contraction, des industries chimiques portuaires. Les Pyrénées-Atlantiques accueillent le quart de cette industrie régionale, avec une dominante chimique aujourd’hui obligée à une conversion liée au déclin du gisement de gaz de Lacq (1,2 milliard de mètres cubes par an au début du XXIe siècle contre 6 milliards au moment de l’apogée, vers 1980), des industries métallurgiques entraînées par l’aéronautique ainsi qu’une présence significative de l’ameublement. La Dordogne, avec 14% de l’emploi industriel, en plus des activités liées au bois (papeterie particulièrement) possède aussi des industries agroalimentaires et des activités liées aux survivances du secteur de la chaussure, autrefois fort important. Landes et Lot-et-Garonne (environ 10% chacun de l’emploi industriel) ont une place plus modeste mais loin d’être négligeable ; le premier de ces départements voit logiquement la domination de la filière bois tandis que le second connaît un fort développement de la filière agroalimentaire stimulé par l’essor d’un pôle original de recherches dans les technologies bio-alimentaires en liaison avec les productions agricoles des pays garonnais.

En articulation entre secteur secondaire et aménagement de l’espace régional, le bâtiment et les travaux publics emploient 75 000 personnes, dont 56 000 salariés, en 20 000 unités réparties sur tout le territoire régional. L’activité de construction se stabilise autour de 20 000 logements produits par an avec une mutation socio-spatiale très forte : dans les années 1990, on passe d’un quasi-équilibre entre logements collectifs et individuels à une domination de ces derniers qui, au début des années 2000, assurent les trois quarts d’une activité liée à l’étalement de l’urbanisation ainsi qu’au développement continu d’un parc de 165 000 résidences secondaires (en 1999) et à l’entretien de celui-ci. Dans les travaux publics, l’activité est soutenue pour près de 40% par les chantiers liés à l’amélioration des infrastructures et tout particulièrement les autoroutes et les divers raccordements urbains qui modifient régulièrement les rapports entre les villes, renforçant leur interdépendance.

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La forte présence des activités de services

Fortes de 590 000 salariés, les activités tertiaires couvrent une large diversité de fonctions liées à l’équilibre social et spatial de la région. Pour 18% de l’ensemble du tertiaire, la moyenne nationale est de 21%, les services aux entreprises font partie de l’environnement de plus en plus diversifié nécessaire au développement des fonctions productives (sécurité, gardiennage, conseil et assistance...) et à leur concentration continue dans les principaux ensembles urbains. Pour les activités plus générales, on soulignera la place tenue par les 40 000 établissements et les 160 000 emplois du commerce, activité remarquable par une forte présence des grandes surfaces intégrées, en particulier les hypermarchés et les magasins de bricolage et d’électroménager (quatrième rang national). Il en va de même pour les 16 000 établissements et les 115 000 emplois dans la santé et l’action sociale, qui reflètent à la fois l’équipement urbain, le vieillissement de la population et la fonction de séjour climatique. On relèvera enfin la part toujours renforcée d’un secteur public qui assure 38% de ces activités tertiaires et, plus particulièrement, concourt pour 30% au domaine de la santé et pour 75% à la recherche-développement. Avec 11 000 établissements et 30 000 emplois, l’hôtellerie-restauration est liée à la vie urbaine, aux échanges et plus particulièrement à l’activité touristique, une des spécificités aquitaines. Cinquième région française avec 7,9% des nuitées, l’Aquitaine accueille 6 millions de touristes, dont un quart d’étrangers. La capacité d’accueil y est particulièrement importante dans l’hôtellerie de plein air et les villages de vacances (deuxième rang national) qui se concentrent sur la côte. Dans l’intérieur, l’accueil est plus diversifié, mêlant tourisme rural et hôtelier traditionnel, particulièrement dans trois sites, le Périgord, la montagne pyrénéenne et Bordeaux et ses environs, dont la fréquentation culturelle, liée au cadre architectural et au vin, se renforce régulièrement de la venue de voyages organisés et du tourisme maritime de croisière qui maintient une activité croissante de substitution au cœur du « Port de la Lune ».

Région frontalière, l’Aquitaine est une des deux portes majeures des relations avec la péninsule Ibérique, grâce aux liaisons par la terminaison atlantique des Pyrénées. Cela génère un important trafic nord-sud, à la fois autoroutier et ferroviaire ; le développement de la plate-forme multimodale bordelaise assure son articulation avec l’axe ouest-est et le raccorde à l’autre axe international majeur, celui de la Méditerranée. Mais ces relations terrestres de proximité transfrontalière se trouvent complétées et élargies au monde entier par le trafic des ports de Bordeaux (9 millions de tonnes en 2000) et de Bayonne (4 millions) qui se complètent pour l’exportation des bois et céréales et l’importation des engrais. Le trafic aéroportuaire, fort de 3 millions de passagers pour Bordeaux, de 600 000 pour Pau et de 800 000 pour Biarritz, constitue 15% du trafic des aéroports de province ; il joue un rôle important dans l’attraction touristique régionale et, bien sûr, dans les relations d’affaires avec Paris, Londres et les métropoles européennes. Au total, l’Aquitaine se situe au onzième rang national pour la valeur des exportations et au douzième pour les importations ; l’Union européenne constitue 58% des destinations et provenances, l’Amérique du Nord 21%, mais l’Afrique n’assure plus que 3,3% et l’Amérique du Sud 2,1%. En se modernisant, l’économie régionale s’est détachée des dépendances ultramarines assurées traditionnellement par Bordeaux pour s’intégrer fortement à l’espace et aux marchés européens, et la métropole devient une place de périphérie européenne dynamique dans les relations continentales plus que de façade maritime atlantique.

Jean DUMAS

Bibliographie indicative : P. ARQUÉ, Géographie du Midi aquitain, Armand Colin, Paris, 1939 P. BARRÈRE, R. HEISCH & S. LERAT, La Région du Sud-Ouest, P.U.F., 1962 H. BONIN dir., Cinquante Ans en Aquitaine (1945-1995), L’Horizon chimérique, Bordeaux, 1995 P. DELFAUD, Économie de la région Aquitaine, Sud-Ouest éditions, Bordeaux, 1996 P. DELFAUD & C. LACOUR dir., L’Aquitaine face à la crise, Bière, Bordeaux, 1985 J. DUMAS, Les Activités industrielles dans la communauté urbaine de Bordeaux, Impr. centrale, Bordeaux, 1980 H. ENJALBERT, Les Pays aquitains, Bière, 1960 I.N.S.E.E., Tableaux économiques de l’Aquitaine, Bordeaux, 1991 J. LAJUGIE dir., L’Aquitaine, vingt-cinq ans d’évolution économique et sociale, Bière, 1977 L. PAPY, Atlas et géographie du Midi atlantique, Flammarion, 1982 P. ROUDIÉ, Vignobles et vignerons du Bordelais, C.N.R.S., 1988.




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