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Le Grand Ouest français (Bretagne, Poitou-Charente, Aquitaine, Pays de la Loire et midi-Pyrénées)

Publié le jeudi 17 janvier 2008

V / MIDI-PYRÉNÉES (RÉGION)

Midi-Pyrénées fut d’abord, en 1961, une circonscription administrative, la plus étendue de France, plus grande que la Belgique ou la Suisse avec ses 45 597 kilomètres - 8,3% du territoire national -, et ses huit départements (Ariège, Aveyron, Haute-Garonne, Gers, Lot, Hautes-Pyrénées, Tarn et Tarn-et-Garonne) regroupés autour de Toulouse. La réforme de 1964 lui donna un préfet de région, également préfet de Haute-Garonne, et ses premières institutions à compétence « régionale » mais aux attributions limitées. Elle ne prit officiellement le nom de « région » qu’en 1972, toujours sous l’autorité d’un préfet, mais dotée d’attributions nouvelles et de ressources propres. Il faut attendre les lois de décentralisation de 1982 pour voir la Région s’affirmer comme une grande collectivité territoriale, exerçant des compétences plus larges et disposant de moyens accrus, en partie transférés par l’État.

En raison de son étendue, de sa diversité, Midi-Pyrénées a pu apparaître comme une construction artificielle, une « fausse région », mais la réorganisation des grands services de l’État dans ce cadre territorial y a progressivement imposé des solidarités territoriales nouvelles dans tous les domaines de la vie économique et sociale. C’est en fait autour de Toulouse, métropole régionale incontestée, que se forge peu à peu l’unité de Midi-Pyrénées. Unité qui se dessinait depuis fort longtemps, guidée par la configuration en étoile, autour de cette grande agglomération, des réseaux routier et ferroviaire. Dès le milieu du XIXe siècle, Toulouse avait en effet renforcé sa suprématie sur un vaste territoire qui préfigurait la région actuelle. Au sein même de celle-ci, les autres villes ne pouvaient vraiment rivaliser avec elle, mêmes les plus notables par leurs fonctions administratives, ou les plus dynamiques par l’essor de leurs activités industrielles. Fragilité de l’économie dominée par une agriculture qui présentait de grands signes d’archaïsme, médiocrité de la vie industrielle, population vieillissante après des décennies de dénatalité et d’émigration..., au moment de sa création officielle, Midi-Pyrénées semblait marquée par de lourds handicaps. Le renouveau contemporain n’en est que plus spectaculaire, mais il est surtout le fait de sa métropole régionale dont l’aire urbaine regroupe aujourd’hui près de 40% des 2 552 000 habitants (recensement de 1999). Comment diffuser ce dynamisme dans le reste de la région ? Comment promouvoir un développement territorial plus équilibré ? Autant de défis à relever en ce début de siècle.

1. Une région marginalisée dans l’espace français : XIXe siècle-années 1950

Dans les limites actuelles de Midi-Pyrénées, le maximum démographique fut atteint au milieu du XIXe siècle, où l’on dénombra, lors du recensement de 1846, 2,6 millions d’habitants. Le déclin fut ensuite très fort. Pendant le siècle qui suivit, la région a perdu près du quart de sa population : en 1954, on y recensait 1 975 000 habitants. Tous les départements avaient été touchés, même la Haute-Garonne malgré la croissance soutenue de Toulouse, et l’hémorragie fut particulièrement accusée dans les plus ruraux d’entre eux : Aveyron, Ariège, Gers, Tarn-et-Garonne. Les facteurs démographiques de cette évolution sont bien connus, mais ils ont joué dans des proportions variables selon les lieux : une dénatalité précoce et une émigration importante vers d’autres régions, Paris et les contrées qui offraient des perspectives d’emplois grâce à leur industrialisation. C’est que l’exode rural, ni plus massif ni plus précoce qu’ailleurs, ne put ici se fixer dans des villes proches, trop peu dynamiques, et prit la forme d’un exode régional. Après la saignée de la Première Guerre mondiale, les campagnes finiront même par manquer de bras ; on y fera appel à une main-d’œuvre étrangère, recrutée en Italie et en Espagne.

Crise agricole et faiblesse de la vie industrielle Dans le Midi toulousain, l’attrait des placements fonciers rémunérateurs, conférant un grand prestige social, n’a jamais favorisé les investissements dans l’industrie. Le blé destiné à la vente dans les régions méditerranéennes déficitaires, ravitaillées grâce au canal du Midi, assurait de beaux revenus aux propriétaires qui avaient à cœur d’étendre leurs domaines ruraux, où ils séjournaient une partie de l’année dans des châteaux ou des maisons de maîtres, l’exploitation étant assurée le plus souvent par des métayers. Le reste du temps, ils vivaient en ville, à Toulouse en particulier, où ils avaient fait construire des hôtels particuliers, témoignages de leur prospérité.

Ce système économique et social, que Roger Brunet a nommé « machine à blé », n’était guère propice à la naissance, au sein des bourgeoisies locales, de l’esprit d’entreprise nécessaire aux aventures industrielles. Si la Révolution française ne l’a guère ébranlé, il perdit de son efficacité économique à partir des années 1820. Concurrencé par les importations, le blé des pays toulousains ne se vendait plus aussi facilement, ou pâtissait de prix beaucoup moins rémunérateurs. L’inquiétude gagna les classes dirigeantes, qui eurent un moment l’espoir de trouver dans des mesures protectionnistes la solution pour retrouver un « âge d’or » de plus en plus improbable. Rares furent les tentatives des propriétaires ruraux pour moderniser l’agriculture, ou l’orienter vers de nouvelles productions. Plus rares encore les stratégies de reconversion dans l’industrie, qui apparaissait pourtant, dès le milieu du XIXe siècle, comme le moteur de la croissance dans d’autres régions du pays. Il est vrai aussi que les potentialités de la région dans le domaine industriel n’incitaient guère à l’optimisme. Toutes les activités de ce type connaissaient alors de sérieuses difficultés. De nombreux petits foyers industriels s’étaient en effet développés, dans la première moitié du XIXe siècle, à la périphérie du territoire régional, dans des contrées où les conditions naturelles ne permettaient pas une agriculture aussi rémunératrice que celle des plaines et des collines de la Gascogne, du Lauragais, de l’Albigeois et du Castrais. Profitant de ressources locales ou d’un savoir faire hérité des siècles passés, la métallurgie animait les bassins houillers d’Aubin-Decazeville et de Carmaux, exploitait à Pamiers les gisements de fer ariégeois. Ganterie à Millau, délainage à Mazamet, mégisserie à Graulhet, textile à Castres, Bagnères-de-Bigorre et dans le Pays d’Olmes, autour de Lavelanet..., dans ces petits centres industriels, on attendait beaucoup du désenclavement ferroviaire pour conquérir de nouveaux marchés et accroître la production.

Il fallut déchanter ; le chemin de fer eut souvent l’effet inverse : il exposa les producteurs locaux à la concurrence de produits manufacturés livrés par la grande industrie d’autres régions, et dont les prix étaient très inférieurs. Dans certains cas, l’industrie locale ne fut pas en mesure de résister ; dans d’autres cas, elle dut s’adapter pour maintenir son activité sur des créneaux de production particuliers et en abaissant ses coûts de production grâce à une main-d’œuvre peu exigeante, chassée des campagnes par l’exode rural, ou trouvant dans l’industrie un moyen de compléter les médiocres revenus qu’elle continuait à tirer de l’agriculture. Enfin, les secteurs les plus intéressants (charbonnages, sidérurgie et métallurgie), qui exigeaient des investissements plus lourds, échappèrent aux capitaux locaux et devinrent tributaires de stratégies extérieures à la région.

Des impulsions extérieures

Dans un contexte de déprise rurale et de désindustrialisation, les capitaux et l’esprit d’entreprise ont fait cruellement défaut, plongeant la région et ses villes dans une grande léthargie. Aux carences, longtemps niées, des bourgeoisies locales, s’ajoutaient aussi des handicaps beaucoup plus souvent invoqués pour expliquer les « malheurs » de cette partie du Sud-Ouest français, que l’on désignait sous des vocables divers : Midi toulousain, Aquitaine intérieure... Incontestablement, ces « pays » ne possédaient pas les richesses du sous-sol qui firent ailleurs les beaux jours de la grande industrie. Les réserves de charbon dans les gisements de Carmaux et Decazeville étaient d’ampleur limitée, mais ils n’ont pas suscité sur place une industrialisation à la mesure de leurs capacités de production ; et il a toujours fallu se préoccuper de leur trouver des débouchés hors de la région. Quant à l’hydroélectricité pyrénéenne, faute d’attirer de nombreux utilisateurs dans la montagne, comme ce fut le cas dans les vallées des Alpes, ses producteurs durent s’organiser pour l’acheminer vers des clients éloignés, en établissant dès les premières années du XXe siècle, par exemple, des lignes à haute tension vers Toulouse ou Carcassonne. La découverte des gisements de gaz naturel, en Haute-Garonne d’abord (Saint-Marcet, 1939), puis à Lacq (1951), dans l’Aquitaine voisine, révélèrent une situation semblable. Pour tirer profit sur place de ces sources d’énergie, ce sont les investissements industriels et les initiatives locales qui ont toujours manqué.

C’est de l’extérieur que vinrent souvent des impulsions, toutefois limitées. En ce domaine, la Première Guerre mondiale joua un rôle décisif, incitant à installer dans la région, loin du front et hors de portée des incursions ennemies, des industries travaillant pour la défense nationale. Restée longtemps à l’écart de la révolution industrielle, la région s’ouvrit ainsi à l’industrie, ce qui montre bien que ses potentialités n’étaient pas aussi faibles qu’on avait coutume de le dire. Dès le début de la guerre, l’arsenal de Tarbes développait ses activités et les ressources hydroélectriques de la montagne attiraient l’électrochimie et l’électrométallurgie dans les Hautes-Pyrénées. À Toulouse, ce furent aussi les débuts de la grande industrie, avec l’extension des installations de la poudrerie et l’installation des usines Latécoère, qui construisirent plusieurs centaines d’avions de reconnaissance pour l’armée. La paix revenue, ces greffons industriels connurent des succès inégaux, contraints de se reconvertir dans des productions civiles, mais souffrant de leur éloignement des grands marchés de consommation. Le mouvement n’en était pas moins lancé et il reprit dans les années 1930, quand la perspective d’un nouveau conflit avec l’Allemagne incita à des décentralisations stratégiques. Profitant du potentiel hydroélectrique des Pyrénées, plusieurs usines d’aluminium furent implantées en Ariège et à Lannemezan. À Toulouse, des installations de la poudrerie furent reconverties dans la fabrique d’engrais azotés, tandis que l’aéronautique, après une reconversion difficile vers des appareils destinés à l’aviation civile, recevait de nouvelles commandes militaires à partir de 1936-1937 et passait en partie sous le contrôle de l’État.

Le désenclavement

Ainsi, les handicaps, réels ou supposés, qui auraient laissé la région en marge de la vie économique dès le milieu du XIXe siècle et engendré son déclin démographique, doivent être relativisés. Bien des potentialités n’ont pas été utilisées faute de capitaux et/ou d’esprit d’entreprise. Il en va de même de l’enclavement, souvent dénoncé comme un frein au développement économique. Avec quelque retard sans doute, Midi-Pyrénées a bénéficié d’une bonne intégration dans le réseau ferroviaire national, par la construction de lignes nombreuses. Dans la partie nord, ce fut l’œuvre de la compagnie du Paris-Orléans, reliant dès 1858 les mines d’Aubin-Decazeville à la vallée de la Garonne (Montauban) avant d’assurer la liaison avec Paris, par Capdenac d’abord, puis plus directement, en 1893 seulement, par Cahors, Brive et Limoges.

Mais l’équipement ferroviaire fut surtout l’affaire de la Compagnie des chemins de fer du Midi, la seule des grandes compagnies à ne pas disposer d’une tête de réseau dans la capitale : son artère maîtresse était la voie Bordeaux-Sète à laquelle se raccordaient, à Toulouse, les lignes du « réseau pyrénéen » ; celui-ci conduisait d’une part vers la vallée de l’Ariège, et desservait, d’autre part, différentes vallées de la montagne par des antennes connectées à la grande voie qui, par le piémont, conduisait de Toulouse à Bayonne, par Tarbes, Lourdes et Pau. Précocement électrifié, ce réseau a toutefois souffert d’un trafic insuffisant dans une région aussi peu active. La compagnie du Midi fut ainsi à l’origine de nombreuses initiatives pour tenter de stimuler l’activité régionale et d’élargir sa clientèle : encouragement aux cultures maraîchères et fruitières en Moyenne-Garonne, commandes de matériels aux usines de Tarbes et de Bagnères-de-Bigorre pour l’électrification de son réseau, aménagement de sites touristiques avec la construction de grands hôtels en altitude, à Superbagnères, près de Luchon, et à Font-Romeu.

Le bilan de l’équipement ferroviaire est donc loin d’être aussi négatif qu’on l’a souvent écrit et on ne peut y trouver une cause majeure du faible développement économique local. Il n’en reste pas moins que les distances n’en furent pas pour autant abolies : à la veille de la Seconde Guerre mondiale, l’actuelle région Midi-Pyrénées demeurait fort éloignée du centre de gravité de l’économie nationale qui s’était déplacé, à partir du milieu du XIXe siècle, vers Paris et le quart nord-est du pays. Loin de la capitale, la région apparaissait bien comme une partie de ce « désert français » dénoncé par Jean-François Gravier en 1947 et dont les pouvoirs publics prendront conscience dans les années 1950. Elle appartenait aussi à cette France rurale, peu industrialisée, peu urbanisée, réservoir démographique alimentant de forts courants de l’émigration, à l’ouest d’une ligne, devenue mythique, tracée entre Marseille et Le Havre, révélatrice d’une fracture territoriale qui n’avait cessé de s’aggraver. De ce constat est née la volonté de mieux distribuer les hommes et les activités dans l’espace français, qui s’est incarnée dans une politique d’« aménagement du territoire » dont Midi-Pyrénées a largement bénéficié.

2. Les chemins du renouveau

Le renouveau est net et rapide. Après plus d’un siècle de déclin, la croissance démographique, observée depuis 1954, a pratiquement permis de retrouver un effectif de population comparable à celui du maximum démographique de 1846. Midi-Pyrénées comptait 2 552 000 habitants en 1999, soit un gain de 600 000 personnes en moins d’un demi-siècle. Malgré un baby-boom relatif, compte tenu d’une structure par âge attestant d’un vieillissement prononcé dès l’entre-deux guerres, c’est l’inversion des flux migratoires qui a été le plus spectaculaire. Dans un premier temps on a pu l’imputer à l’installation de nombreux rapatriés d’Afrique du Nord (80 000 environ venant d’Algérie en 1962), mais, tous les recensements l’ont confirmé depuis, la région attire plus d’habitants venant de l’étranger ou du reste de la France, qu’elle n’en perd au profit de ces destinations. Le solde migratoire pour la seule période 1990-1999 est largement positif (+ 110 800), très supérieur à l’excédent des naissances sur les décès (+ 10 500). Une partie des nouveaux venus est certes constituée par des retraités ou des inactifs, dont les revenus et les besoins n’en constituent pas moins un atout non négligeable pour l’économie locale. Mais la région attire aussi des actifs, en particulier des ingénieurs, techniciens et cadres qui s’installent majoritairement dans l’agglomération toulousaine. Car tel est bien le caractère majeur de ce renouveau démographique incontestable : il se répartit très inégalement à l’intérieur de la région. C’est l’aire urbaine de Toulouse qui en bénéficie surtout, alors que les autres villes et les campagnes éloignées des zones urbanisées voient, sauf exceptions, leur population stagner ou décliner, avec parfois des signes inquiétants d’un vieillissement accentué.

Lors du recensement de 1999, près des deux tiers de la population vivaient dans l’une des 18 aires urbaines de la région. La seule aire urbaine de Toulouse avait gagné 463 000 habitants depuis 1962, alors que, globalement, les 17 autres aires de la région n’avaient augmenté que de 120 000 habitants.

C’est par l’attraction qu’elle exerce sur des populations résidant hors de Midi-Pyrénées, par sa capacité à dégager de forts excédents migratoires avec d’autres régions et/ou avec l’étranger que l’aire urbaine de Toulouse creuse l’écart de façon très nette avec toutes les autres villes de la région, handicapées par leur taille, comme par des activités moins diversifiées et souvent plus fragiles.

Quant à l’espace à dominante rurale, ses perspectives démographiques sont bien médiocres : si l’on excepte quelques signes de renouveau autour de certaines petites villes ou de quelques gros bourgs, les marques du vieillissement et du dépeuplement s’y aggravent : dans quelque 2 000 communes, soit près des deux tiers du territoire régional, la population a diminué de 17,2% (- 125 000 habitants) dans la dernière décennie du XXe siècle.

Le rôle décisif de l’État

Profitant d’abord à l’agglomération toulousaine, l’impulsion décisive est venue de l’État avec la politique d’aménagement du territoire pilotée par la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (D.A.T.A.R.) à partir de 1963. Toulouse fut alors choisie, avec sept autres grandes villes de province, comme métropole d’équilibre. Il fut décidé d’aider prioritairement ces « pôles de croissance » en y accumulant de façon volontaire des infrastructures nouvelles, des entreprises décentralisées, des services déconcentrés de l’État à compétences régionales..., ceci afin de les rendre plus attractifs et d’assurer, à terme, leur développement économique sans intervention de la puissance publique. Développement dont on espérait qu’il se diffuserait dans leur aire d’influence, en direction des villes moyennes et des petites villes, par le biais de la sous-traitance par exemple.

Toulouse put ainsi rattraper son retard en matière d’équipements de haut niveau, en même temps que sa vocation aéronautique et spatiale était renforcée par la décentralisation de grandes écoles aéronautiques et du Centre national d’études spatiales.

La crise des foyers d’industrialisation ancienne

Tel ne fut pas le cas de la plupart des autres villes de la région : alors que la progression de leurs emplois tertiaires avait soutenu leur croissance jusque là, presque toutes ont souffert des difficultés qui affectaient leurs activités industrielles plus traditionnelles et qui, de fermetures en restructurations, se sont traduites par de lourdes pertes d’emplois.

Commencée dès les années 1950 dans les bassins charbonniers de Carmaux et Decazeville, la crise industrielle touche la sidérurgie et la métallurgie, puis le textile, la mégisserie et le délainage. Dans les premières années du XXIe siècle, cette désindustrialisation semble même s’accélérer, dans un contexte de mondialisation, avec la fermeture des usines pyrénéennes d’aluminium, des plans sociaux sévères dans l’industrie de l’armement à Tarbes (G.I.A.T. industrie), mais aussi la disparition d’équipementiers pour l’automobile en Tarn-et-Garonne et à Cahors. Dans ce tableau, rares sont les signes de résistance ou de réussite : les Laboratoires pharmaceutiques Fabre à Castres, un tissu industriel plus réactif autour de Rodez...

À l’évidence, ces foyers d’industrialisation ancienne souffrent de leur petite taille, de leur monoactivité souvent, et de leur isolement. Mais le désenclavement de certains d’entre eux par de nouvelles liaisons autoroutières vers Toulouse, et quelques implantations universitaires à leur profit, (École des mines d’Albi, I.U.T. ou sites universitaires d’Albi, Rodez et Figeac fédérés dans un Établissement public administratif, embryon peut-être d’une future université de plein exercice...) ne semblent pas suffisants pour asseoir leur développement sur des bases solides. C’est le dynamisme toulousain qu’il faudrait diffuser plus largement, alors qu’il gagne surtout en périphérie, favorisant l’étalement de cette vaste aire urbaine.

Il faut donc, en même temps, conforter et diversifier le potentiel économique toulousain tout en réfléchissant à la façon d’en faire profiter l’ensemble de la région. Dans la compétition qui oppose aujourd’hui Toulouse aux grandes métropoles européennes et mondiales, ses atouts sont certains, mais son enclavement constitue un handicap et il faudra sans doute attendre encore de longues années pour l’insertion de Midi-Pyrénées dans le réseau des T.G.V.

L’environnement régional

Face à la montée des préoccupations environnementales et à la recherche d’une meilleure qualité de la vie, Midi-Pyrénées possède bien d’autres atouts : les « atouts du retard », dans la mesure où les sites et les paysages ont été relativement préservés pendant les décennies au cours desquelles d’autres régions participaient à la révolution industrielle. Ici, rien de tel. La diversité des paysages n’aide guère à trouver pour la région une image fédérative, une identité, mais elle constitue un potentiel considérable, non seulement pour le tourisme, mais aussi pour les nouveaux habitants qui trouvent là de multiples opportunités de loisirs et de découvertes, suscitant même, parfois, une volonté d’enracinement dans des lieux où ils élisent résidence et dans une culture qui s’incarne dans des fêtes remises au goût du jour, dans les produits du terroir, ou tout simplement par la gastronomie (vins, foie gras, cassoulet...). Des monts de l’Aubrac aux sommets et aux champs de neige des Pyrénées, c’est toute une mosaïque de « pays » qui se revendiquent aujourd’hui comme tels et valorisent leur patrimoine longtemps délaissé, ou perçu comme un symptôme d’archaïsme dans un monde qui ne jurait naguère que par la modernité : plateau calcaire massif du Larzac, ségalas du Tarn et de l’Aveyron, causses du Quercy où l’austérité des plateaux contraste avec les vallées cultivées, plaines et coteaux du Lauragais et de la Gascogne voués à la culture du blé ou du maïs, vergers de la Moyenne Garonne, piémont pyrénéen au-dessus duquel surgit la chaîne des Pyrénées, « frontière sauvage », où chaque vallée est un monde particulier... Tous ces paysages doivent, certes, beaucoup à la nature, mais ils sont aussi le fruit du travail des hommes depuis des décennies. Leur valeur patrimoniale est désormais reconnue, et, parfois, sanctionnée par une reconnaissance internationale comme ce fut le cas du classement par l’U.N.E.S.C.O. du canal du Midi. La protection et la mise en valeur de ces sites et de ces paysages pose la question du devenir d’une activité qui les a façonnés, assure leur entretien et en fait un patrimoine vivant : l’agriculture. Depuis des décennies, les campagnes de la région sont sorties de leur routine et d’une longue léthargie. Dès les années 1960, les efforts de modernisation y ont été intenses, sacrifiant parfois sur l’autel du productivisme bien des équilibres sociaux et territoriaux. Cette mutation a réduit de façon spectaculaire le nombre des exploitations. Entre 1970 et 2000, plus d’une exploitation agricole sur deux a disparu : cette évolution a profité aux 60 000 qui subsistent, dont la taille moyenne est passée de 19,5 à 39,2 hectares, puisque dans le même temps la surface agricole utilisée (S.A.U.) diminuait de 6,5% seulement. Mais elle n’a pas toujours récompensé les hommes qui en furent les artisans, des hommes de plus en plus inquiets face aux décisions venues d’ailleurs, aux aides ou aux contraintes de la Politique agricole commune. En prenant mieux en compte aujourd’hui l’espace rural, et non plus seulement l’agriculture, les instances européennes et le gouvernement français répondent sans doute mieux à la diversité et aux handicaps naturels ou structurels des campagnes de Midi-Pyrénées. En misant désormais sur la qualité, longtemps sacrifiée à des objectifs de quantité, les producteurs de la région participent de leur côté à la recherche de nouvelles vocations pour des campagnes qui restent dominées par la polyculture ; leur avenir ne peut laisser indifférents tous ceux qui vivent et travaillent dans des espaces urbanisés proches, dont la capacité d’attraction dépend aussi de cet environnement rural.

Plus que jamais sans doute, dans une région où les contrastes économiques et démographiques ne cessent de s’accroître, c’est la recherche de nouvelles solidarités territoriales, à différentes échelles, qui guide une politique régionale d’aménagement du territoire, soucieuse de concilier deux objectifs souvent contradictoires : l’efficacité économique, qui passe par les grandes concentrations urbaines et la métropolisation, et la qualité de la vie qui naît de la diversité et d’une répartition plus équilibrée des hommes et des activités.

Robert MARCONIS

Bibliographie indicative : INSEE, Tableaux de l’économie Midi-Pyrénées, publication annuelle, 2003 R. MARCONIS, « Midi-Pyrénées », in La France dans ses régions, A. Gamblin dir., Sedes, 3e éd., Paris, 2000 ; Midi-Pyrénées, Transports, espace, société, Éditions Milan, Toulouse, 1986 R. MARCONIS & F. PRADEL DE LAMAZE dir., Représentations de Midi-Pyrénées, Atlas régional, INSEE, Université de Toulouse-Le Mirail, Privat, Toulouse, 1995 F. PRADEL DE LAMAZE, Midi-Pyrénées, De l’isolement à l’ouverture, 5O ans de cheminement (1945-1996), INSEE Midi-Pyrénées, Toulouse, 1997 F. TAILLEFER dir., Le Midi Toulousain, Atlas et géographie de la France moderne, Flammarion, Paris, 1978.

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Les diaporamas correspondant aux divers cours ci-dessus :

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Grand Ouest diaporama
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Bretagne diaporama synthèse
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Du Poitou au seuil du Lauragais diaporama de synthèse




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